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Biographie

Audioslave

Après le départ de Zack de La Rocha de Rage Against The Machine fin 2000, on se demandait bien ce qu’allait faire le reste du groupe. Bon nombre de rumeurs ont courus, une des plus improbable était celle de la venue de Chris Cornell (chanteur de Soundgarden) au chant; c’est pourtant ce qui s’est passé après de longs mois d’hésitation et quelques bisbilles entre managements. Le groupe opte d'abord pour Civilian avant de se fixer définitivement sur Audioslave. Musicalement on retrouve les origines des musiciens et le chant de Soundgarden, on pense parfois même à Led Zeppelin. Un premier album sobrement intitulé Audioslave sort en 2002. Après quelques écoute on se fait plutôt bien à cet accouplement atypique. La rencontre de deux mastodontes du rock des années 90 n’a pas donné un enfant mort né et en 2005 le groupe signe son retour, plus consensuel peut-être, mais aussi plus cohérent, avec Out Of Exile. Un DVD immortalisant la prestation historique du groupe à Cuba en mai 2005 est sorti récemment.

15 / 20
18 commentaires (14.92/20).
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Revelations ( 2006 )

A peine plus d'un an après un Out Of Exile qui en a déçu plus d'un, Audioslave est déjà de retour avec un nouvel album, et Chris Cornell annonce son deuxième album solo pour janvier 2007. En interview, Morello et Cornell promettaient un disque au son flirtant avec les rythmes noirs américains. L'un citant Earth, Wind & Fire, l'autre  Sly & The Family Stone, James Brown ou encore Little Richard. Alors, frénésie créative? Choc musical? Au final, ne nous emballons pas, ce Revelations n'est pas le disque le plus original de la création, mais en s'appuyant sur l'identité qu'Audioslave a su se trouver et ce bagage d'influences, il risque de bien moins ennuyer que son prédécesseur et propose un son atypique dans le paysage musical actuel.

 

Les structures rock classique auxquelles nous a habitués le groupe sont bien sûr au rendez-vous, mais comme prévu elles sont sous perfusion de vieux rythm & blues. En fait le disque n'est par moments pas sans évoquer un Led Zeppelin (en moins ambitieux bien évidemment), influence directe du groupe depuis le premier album, qui aurait fusionné avec ces fameux rythmes noirs des 70's. A l'écoute, il serait alors judicieux d'oublier le passé des musiciens si l'on ne veut pas passer complètement à côté de ce qui se joue ici. D'une part, il faut noter qu'aucun morceau ne dépasse les cinq minutes, ce qui ne signifie pas formatage pour autant. D'autre part, le groupe ne sonne vraiment plus du tout metal, et si vous cherchiez un disque rempli de gros riffs de RATM avec un Cornell qui hurle comme à la grande époque de Soundgarden, passez votre chemin. Non, ici, Cornell chante, et plutôt bien, et les riffs, sans perdre toute puissance, sont ronds et groovy. Morello joue souvent plus en retrait qu'à l'accoutumée, totalement au service du groupe, et il ne faut pas s'en étonner, venant d'un guitar hero atypique qui s'est aussi farci les gammes et les harmoniques comme tout bon musicien.

 

Le disque s'ouvre ainsi sur un morceau titre franchement bien emballé où les influences du groupe sur Revelations s'entremêlent idéalement. C'est aussi le cas de One And The Same qui peut même vous donner envie de remuer votre derrière si vous vous y laissez prendre. Les rythmiques de ces deux titres (auxquels s'ajoute Sound Of A Gun, dans un style très proche du premier album) ont ce groove typique de la paire Brad Wilk/ Tim Commerford, tandis que la voix de Cornell s'envole. Morello s'il joue de façon toujours plus classique n'oublie pas de nous gratifier de quelques soli plein de feeling qui s'intègrent bien à la musique du groupe, enrichissant certains morceaux. En témoigne ainsi celui du single Original Fire, parfait témoignage de l'orientation du groupe sur ce disque, ce que vient confirmer son clip châtoyant (à voir ici). La métaphore du refrain ("The original fire has died and gone, but the riot inside moves on") semble nous souffler qu' Audioslave reprend bel et bien quelques flammes un peu oubliées et entend les faire subsister. Un morceau comme Broken City accentue encore le sentiment d'écouter un disque de R&B des 70's avec son refrain doublé de choeurs et les petits gimmicks de Cornell au chant qui se posent sur une orchestration qui ronronne. Le groupe ne s'autorise par ailleurs pratiquement aucune ballade sur ce disque. Et ça, après l'abus de mid-tempo de Out Of Exile, ça fait du bien, même si Until We Fall s'avère plaisante.

 

Là où le bât blesse, c'est que la seconde moitié du disque est plus conventionnelle. Des morceaux comme The Shape Of Things To Come et Nothing Left To Say But Goodbye s'avérent correctement ouvragés, mais manquent de souffle. Heureusement, il y a encore de bonnes choses à se mettre dans les oreilles. A commencer par Jewel Of The Summertime où une nouvelle fois Cornell explore un registre de chant qu'on ne lui connaissait pas, avec un certain bonheur. Wide Awake (qu'on entend sur la BO de Miami Vice pour la petite histoire) s'avère quant à lui un morceau plus classique, mais dont la montée sur le refrain s'avère quasi-imparable, preuve qu'on peut encore faire de bonnes chansons avec de vieilles recettes. Ses lyrics sont une petite incursion de Cornell dans la critique politique, puisqu'ils s'adressent au président Bush (forcément) mis en cause dans la gestion de la crise causée par l'ouragan Katrina. A ce stade, si le disque est dans l'ensemble plutôt agréable, il lui manque un petit supplément d'émotion. Moth la lui donne, et grâce à un riff tout en tension qui vient exploser sur le refrain, c'est véritablement l'un des moments forts du disque.

 

En somme, Revelations est plutôt une bonne surprise pour peu qu'on lui laisse prendre ses marques. Ce disque a le charme de tout ce qui a donné à la musique populaire quelques unes de ses meilleures pièces. Et ce n'est pas donné à tout musicien de savoir tirer de bonnes vibrations de ses influences, surtout quand elles sont aussi casse-gueules que celles de nos quatre Audioslave. En tous les cas, si vous cherchez un bon disque de rock qui ne se prend justement pas pour la nouvelle révélation, mais vous propose une petite collection de pépites pleines de feeling, Revelations est fait pour vous.

Original Fire en écoute sur la page myspace du groupe.

A écouter : One And The Same, Broken City, Wide Awake, Moth
12 / 20
28 commentaires (11.79/20).
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Out Of Exile ( 2005 )

Après un premier album éponyme vendu comme des petits pains, une tournée mondiale plus que satisfaisante cimentant les liens du "super-groupe", la nique faite aux critiques qui leur prédisaient une mort rapide, que pouvaient faire de plus les quatre musiciens de Audioslave? Tenter de donner un réelle identité à leur all-star band peut-être avec un deuxième album. Ainsi est fait sur Out Of Exile. Et là, si le groupe a trouvé une cohésion indiscutable, il n'est pas certain qu'on puisse se réjouir de la direction musicale adoptée.

Premier constat, la production de Rick Rubin (SOAD, RATM, Red Hot Chili Peppers...) est  bien trop lisse, ce qui accentue le manque de souffle général des compositions. C'est souvent plat et lassant, en particulier les  répétitifs Heaven's Dead et The Worm. Deuxième constat, les protagonistes se sont un perdus dans leur quête. La paire rythmique Wilk-Commerford est assez effacée, loin du groove et de la puissance qu'on lui connaît, se contentant d'appuyer les riffs de Morello et le chant d'un Chris Cornell parfois trop linéaire (un comble pour lui). On n'attribuera pas facilement à Tom Morello la paternité du riff de Your Time Has Come, morceau très efficace par ailleurs, puisqu'il semble la version punchy de celui de Bad Seeds de Metallica sur Reload. Cet emprunt supposé ne manque pas d'appuyer le manque d'imagination du groupe qui drague les ondes FM sur Out Of Exile.

Ainsi, le trop plein de titres mid-tempo musèle les qualités du quatuor sur l'ensemble, et seul le joli Yesterday To Tomorrow surnage, même s'il lui manque un supplément de pêche. Néanmoins, Be Yourself, tout single calibré qu'il soit, offre de beaux moments avec notamment un très beau solo, mélodique à souhait, et Cornell évite de se faire trop mielleux. On est loin d'un Nickelback tout de même, ce que confirme Doesn't Remind Me, sorte de comptine rock (si le genre existe) aux paroles amusantes. Ceci étant, c'est là un autre écueil que le groupe n'évite pas, la structure couplets / refrain est omniprésente et les thèmes abordés dans les chansons ne risquent pas de remuer les trippes, même si Cornell n'a pas perdu sa qualité d'écriture.

Heureusement, même dans ces formats étriqués, le groupe sait encore faire de belles choses, rendant même ce disque si posé, parfois classieux. Tom Morello se montre en effet régulièrement à son avantage, avec de très jolis soli comme celui de Doesn't Remind Me et de beaux passages mélodiques disséminés un peu partout, comme sur le sympathique Out Of Exile. De fait, le disque n'est pas désagréable en grande partie grâce à lui, et parfois même assez accrocheur dans ses emballements rock sur Drown Me Slowly ou Man Or Animal sur lesquels on retrouve les scratches et le grain de folie de Morello. Un titre comme Dandelion résonne aussi d'échos du passé surgis de la basse vrombissante de Commerford et du chant inspiré de Cornell. Lequel est d'ailleurs plutôt à son aise sur les derniers morceaux du disque portés par de bons élans heavy, Number One Zero et The Curse.

Malgré ces bons points, on peut dire sans sourciller que Out Of Exile est un disque inégal et  assez en deça du potentiel de ses auteurs. Après un album éponyme qui souffrait il est vrai d'un manque d'homogénéité, on se retrouve avec un deuxième album comme aseptisé, auquel il manque les aspérités que l'on a adorées par ailleurs, de la puissance des ex-RATM au inspirations dans le chant de Chris Cornell,. Il semblerait que les gars d'Audioslave n'ont pas encore résolu l'équation qu'il se sont imposés. Au mieux, Out Of Exile vous fera passer un agréable moment de rock grâce au talent de (très) bons musiciens, au pire, vous le trouverez molasson sur la longueur, et parfois même insipide vu les forces en présence.

 

A écouter : Your time has come, Man Or Animal, Number One Zero
16 / 20
23 commentaires (15.61/20).
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Audioslave ( 2002 )

A l'origine, le producteur Rick Rubin donne l'idée aux trois musiciens de Rage Against The Machine, Tom Morello, Brad Wilk et Tim Commerford, de jammer avec l'ancien chanteur de Soundgarden, Chris Cornell. On est en 2001 et les quatre compères s'entendent si bien qu'ils forment Civilian, finalement rebaptisé Audioslave. Quand trois musiciens issus d'un groupe culte, dont un guitar hero des temps modernes, et l'ex-chanteur d'une formation toute aussi culte unissent leurs efforts, on appelle ça un all-star band. Et qui dit all-star band, dit forcément grosse attente sur le premier album. Une grosse vingtaine de maquettes plus tard, le groupe peut sortir fièrement un opus éponyme de 14 morceaux et 68 minutes de musique amplifiée.

Quoiqu'il en soit de l'identité du groupe, qui fait à ce stade davantage figure d'association de talents, les premiers morceaux de l'album arrachent tout sur leur passage. Que ce soit sur Cochise ou Show Me How To Live, les riffs plombés tendance Led Zeppelin et le chant habité et parfois complètement écorché de Cornell forment un amalgame de puissance et d'émotion brute assez jouissif. Gazoline montre quant à elle très bien le visage mixte du groupe. On a ainsi l'impression d'écouter une composition de RATM sur laquelle viendrait se poser la voix rocailleuse de l'ex-frontman de Soundgarden, pour un résultat aussi furieux que réussi. Faisant preuve de jolies nuances dans son chant sur des ballades comme I Am the Highway ou Like A Stone, Chris Cornell parvient à insuffler suffisamment de sa personnalité pour ne pas se laisser écraser par l'impressionnante machinerie musicale développée par ses compères.

Ses textes traitent de thèmes aussi forts que la mort, le deuil ou bien encore la solitude. Sur Like a Stone, mais aussi Show Me How to Live, on s'étonne que l'auteur de Jesus Christ Pose aborde de front la spiritualité, mais cette dimension mystique demeure en filigrane tout au long du disque, y compris sur l'explosive Set It Off. A mi parcours, sans que l'album fasse preuve d'un incommensurable génie, on se retrouve tout de même avec de solides compositions. Mais avec Shadow On The Sun, on atteint un autre niveau. A la fois puissant, profond et mélodique, avec un court solo en apesanteur de Morello, ce morceau est en outre superbement interprété par un Chris Cornell en état de grâce. Probablement la meilleure piste de l'album, aussi touchante que brutale sur la fin (Cornell hurle comme jamais). On la retrouve d'ailleurs deux ans plus tard sur la BO du fabuleux Collateral de Michael Mann. 

L'album est sans doute un peu trop long et n'évite pas toujours la redite, que ce soit des morceaux comme Exploder ou Bring'Em Back Alive (avec un passage supra lourd typique de RATM, soli tordu en prime), mais ce défaut demeure pardonnable tant ils bouillonnent d'énergie, à l'instar du pilonnage Light My way. Plus original est Hypnotize, au rythme bondissant et plein de groove, qui rappelle tant l'héritage musical (et vocal!) de Soundgarden que les ambiances chères à Rage Against The Machine, avec un gros travail d'arrangements sur les guitares. L'album s'avère ainsi plus homogène qu'on aurait pu le penser et se nourrit de couleurs musicales au fort relent métallique. Ceci n'exclut pas pour autant les atmosphères plus tempérées, et notamment celle de Getaway Car, troisième ballade du disque, aussi classieuse que les précédentes. Quant à The Last Remaining Light, il s'agit d'un des meilleurs morceaux de l'album, véritable plongée métaphorique dans les bras de la mort, lancinante, inéluctable et musicalement aboutie.

Beaucoup de coeur, de grosses ambiances, une redoutable puissance musicale associée à une performance vocale de grande classe, ce premier album de Audioslave est très certainement le plus réussi. Peut-être parce que les qualités qu'on a adorées par ailleurs, que ce soit l'explosivité et le groove des musiciens de Rage Against The Machine, ou les montagnes russes vocales du chanteur de Soundgarden, sont ici encore bien présentes, avant d'être polies au fil du temps pour se fondre dans l'entité Audioslave.

A écouter : Cochise, Show Me How To Live, Like a Stone, Shadow On The Sun, The Last Remaining Light