Découverte
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Biographie

Arabrot

Kjetil Nernes (chant, guitare)
Vidar Evensen (batterie)
Kristian Kallevikd (basse, jusqu'en 2003)
Jon Øvstedal (basse)
Stian Skagen (noise machine, à partir de 2009)

Trio norvégien tirant son nom d'une décharge de leur région (Haugensund) sur laquelle a été construite une école pour jeunes à problèmes, Årabrot pioche son essence dans la noise façon AmRep, l'indus glacial et les atmosphères nihilistes relatives au black metal. Depuis 2002, Årabrot creuse son propre sillon, violent et atypique, avec une série de sorties sur Norway Rat et des concerts avec Kylesa, Qui ou encore High On Fire.
En 2009, Årabrot entre en studio avec Steve Albini pour enregistrer un nouvel album, The Brother Seed. Dans le même temps, sort I Rove, sur Fysik Format, Diger et Code 7. En 2010, The Brother Seed et Rep. Rep. se voient réédités en vynil tandis que sort un nouvel album, Revenge, sur Fysik Format, Diger et Cargo Records, dont le nom indique une revanche sur la musique en général mais aussi contre une personne précise tenue secrète.

Chroniques

Revenge I Rove
17 / 20
4 commentaires (17/20).
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Revenge ( 2010 )

Arabrot serpente inlassablement dans les obscurs interstices entre Sonic Youth et Harvey Milk, rampe insidieusement dans les boyaux laissés vacants reliant ShellacThe Melvins et le metal nordique, morbide et carnassier, jusqu'à creuser sa propre caverne. Véritable viol auditif, Revenge est de ces disques qui établissent le lien du sang entre agressivité et musique. Mais pas que. Revenge achève également de cimenter la place d'Arabrot parmi les groupes les plus inventifs et intéressants du moment. De fait, on pourra toujours s'évertuer, comme ci dessus, à trouver une place bien rangée à ce trio démentiel, il se trouve que cette dernière devrait être irrémédiablement modifiée à chacun des albums, voire à chaque morceau de cette nouvelle livraison dangereusement coagulante.

Décisifs, les premiers instants pointent l'indéniable habileté des norgégiens pour régurgiter sans intermédiaire, comme du sang noir craché sur un drap blanc, leur propos méphistophélique. Il y a d'abord ce beat de batterie terriblement obsédant, saillant et primitif, puis ce riffing parcouru d'échardes qui ne cessera d'évoluer, et enfin ce chant maladif et teigneux, dont la flamme semble être directement alimentée par la combustion de nos maigres cervelles, dès lors sacrifiées. Une entrée en matière électrifiante qui laisse à Arabrot le champ libre pour tailler dans le muscle, comme un tueur sadique et vicieux tailladerait dans les chairs de ses proies terrifiées. Fidèle à sa ligne de conduite, Arabrot ne se plie à aucun schéma et crève l'abcès - au cutter rouillé - en juxtaposant "The Dolorous Years", un monolithe incompressible et central de 12 minutes se clôturant par une longue marche itérative autant dévastatrice qu'aliénante, à "Murder", très brève tuerie noise littéralement assassine, dont les paroles se résume à la répétition de l'invective haineuse la plus simple et évidente ("Die !"). Arabrot n'écoute indéfectiblement que la voix/voie de ses propres entrailles.
A aucun moment les idées ne se tarissent et le sentiment permanent d'insécurité provoqué par Arabrot ne se dissipe. Dans les tirades les plus ralenties, comme sur l'inquiétant crescendo rituel de "The Pilgrimage" ou le final doom rock de "The Primrose Path", Arabrot pompe sournoisement son fluide vital dans les atmosphères troubles à couper au couteau. En ce qui concerne les offensives à la nervosité exacerbée, c'est dans leur réserve intarissable de riffs que les norvégiens puisent, leur insufflant le poids d'un tas de cadavres ("The Wretched Child") ou un groove scandaleusement accrocheur, à l'image de "End Of First Chant II", l'incontestable tube noise rock de Revenge dont le clip freaky synthétise parfaitement l'état d'esprit.

Ne requérant aucunement les artifices d'une production crasseuse, car ici tout est minutieusement restitué jusque dans les moindres détails, pour atteindre un taux suffisant de nihilisme et de perversion, Revenge percute de plein fouet et achève de cultiver les terrains qu'Arabrot avait pu laisser en jachère sur ses précédents, et excellents, disques.

A écouter : End Of First Chant II - The Wretched Child - The Pilgrimage - The Most Sophisticated Form Of Revenge
15 / 20
2 commentaires (15.25/20).
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I Rove ( 2009 )

I Rove est un disque qui fait un bien fou. Le genre de disque qui te rentre littéralement dedans, pour foutre un bordel pas possible, et pour récurer ta boite crânienne à la petite cuillère, histoire que tu puisses te mettre d'accord avec toi-même. Miam.

Ce nouvel EP renferme 3 morceaux de noise rock suffocants et nihilistes, dont une entrée en matière rampante et sépulcrale de 20 minutes, "I Rove", qui te met juste sous le nez leur amour pour les gros coups de langue acides façon Godflesh ou early Ministry. Cela n'empêche en rien le fait qu'Arabrot sonne comme Arabrot, notamment grâce à cette guitare qui se propage comme une lame de rasoir rouillée dans les chairs et à ce chant, caricatural autant que vicieux, qui colle parfaitement au sujet. Le trio norvégien sait parfaitement distiller son poison, au goutte à goutte, ou d'une injection franche et directe comme sur "The Serpent", une tranche noise terrifiante, tout en faux plat, qui progresse de manière insidieuse jusqu'à te brûler les rétines. Big Black qui voudrait jouer du black metal ? Ca pourrait être ça, en simplifiant grandement le tableau. Car Arabrot c'est aussi la touche rock'n roll qui le fait bien, la dépravée, la sauvage. C'est ainsi que tout en conservant la même toile de fond noirâtre, le dernier morceau s'emballe sur un tempo véloce et entraînant. Au bout du compte, il ne reste qu'à relancer la machine, comme une boucle sans fin.

A écouter : I Rove - The Serpent