Avec son premier album, Anna Calvi sort immédiatement du lot grâce à ses compositions habitées et inspirées. Le trio formé avec ses comparses, le batteur Daniel Maiden-Wood et la multi-instrumentiste Mally Arpaz, n'exclue ainsi ni la recherche d'atmosphères ni la richesse musicale.
Admiratrice de la Callas et d'Edith Piaf, du songwriting de Roy Orbison, mais aussi de Jimi Hendrix, la jeune femme promène une voix exceptionnelle sur des mélodies intenses.
L'instrumental qui ouvre cet album offre un bon aperçu du talent d'Anna Calvi, mais c'est lorsque sa voix se fait entendre que la magie opère. Joliment troussé, Desire sort du lot tant l'interprétation et l'orchestration s'harmonisent parfaitement.
Clairement comme Anna Calvi le dit elle-même, sa voix et sa guitare ne font qu'un. Un morceau comme The Devil en est un merveilleux exemple, proposant une orchestration épurée magnifiant les échappées vocales de la Calvi. On pense évidemment à Jeff Buckley tant le lyrisme est de mise. On appréciera aussi le son pop de First We Kiss, ou bien encore I'll Be Your Man avec son petit côté Chris Isaak.
De toute façon toutes les compositions rivalisent de beauté, et ce n'est pas Love Won't Be Leaving qui gâchera l'ensemble.
Particulièrement travaillé, cet album propose ainsi un univers cohérent et d'une étonnante profondeur. L'écoute répété offre un plaisir intense, tant ce disque regorge d'une passion essentielle à l'épanouissement de l'artiste. Les chansons sont déclamatoires tandis que la production simplissime de Rob Ellis les met magnifiquement en valeur.
Immanquablement on pense à une lignée de chanteuses qui va de Patti Smith à PJ Harvey en passant par Shannon Wright, pour le côté incisif du jeu de guitare qui la fait se sentir "forte et sûre" d'elle.
Anna Calvi réussit ainsi magnifiquement son baptême du feu avec un premier album abouti. Adoubée par Brian Eno et Nick Cave, l'avenir s'annonce radieux notamment sur scène où elle excelle.
A écouter : Desire, The Devil, Love Won't Be Leaving