Après A Fine Day To Exit, Anathema a traversé une période trouble avec un Vincent Cavanagh sur le départ. Jamais avare de dissensions, le groupe s'est finalement ressoudé, retrouvant le frangin Jamie Cavanagh à la basse pour la première fois depuis plus de 10 ans. Pour la bonne cause. Avec ce disque, la tristesse n'aura que rarement été aussi agile et planante.
Harmonium ouvre en faisant la part belle au chant clair, aux nappes de claviers, mais aussi aux guitares accrocheuses, ingrédients qui font tout le sel du disque. Balance chasse un climax musical qui ne viendra pas, se couplant plutôt en une forme de seul et même morceau à Closer, piste en contraste où des effets électroniques sur la voix rendent les paroles minimalistes de la chanson indistinctes, créant un son étrangement atmosphérique. Avec cette entrée en matière, on ressent une bonne dose de Radiohead dans le chant et certaines mélodies, qui évoquent tantôt Ok Computer, tantôt Kid A. Mais le groupe sait se réinventer joliment en jouant sur les contrastes de ses chansons. Childhood Dream est courte, mais on y entend une petite musique post-rock aussi légère que ces babillements d'enfants. Un moment de rêve donc, de grâce et d'égarement avant la retombée dans le gouffre, et ce Pulled Under At 2000 Meters A Second qui se fait coléreux, avec ses guitares incisives et son refrain amer : "Freedom is only a hallucination That waits at the edge of the places you go when you dream .... ". Le disque prend un air de réunion familiale quand Lee Douglas, soeur du batteur, pose sa voix délicate sur le morceau titre A Natural Disaster, presque sorti de nulle part, tant le son y est plus classique, pour le meilleur heureusement.
Les dernières pistes sont probablement les plus abouties de l'album. Flying dont les paroles font écho à Harmonium, "and though i said my hands were tied times have changed and now i find i'm free for the first time", est un de ces morceaux qui suintent l'abattement malgré les lueurs du jour. Revenir toujours sur terre "back down to earth", tel semble le triste constat que Anathema nourrit sur cet album. Ni le rêve, ni l'amour (Electricity), ni l'imagination ne transportent assez longtemps pour se défaire de la sourde douleur de l'amertume. Cet album se joue des clichés du doom que le groupe affectionnait, offrant une musique lumineuse et délicate pour mieux enfoncer le dard empoisonné de la mélancolie loin au plus profond des veines. Et c'est dans cette conscience du beau et de sa décrépitude que se joue Violence qui conclue l'album, reprenant en 10 minutes instrumentales tout ce qui fait l'âme de ce disque. Le piano remplit l'espace avant l'envol des guitares et de la batterie qui lance une cavalcade à vous donner le frisson. Et puis pendant de longues minutes, on retrouve ce piano qui berce et caresse jusqu'à la sortie finale, minimaliste.
Harmonies vocales, guitares en apesanteur, claviers ambianceurs, touches électroniques, tout concourt à nourrir un climat particulier sur ce disque où "le bonheur c'est d'être triste". Sans jamais revenir aux son métallique d'antan, les morceaux renferment une puissance émotionnelle qui transporte l'auditeur, dans leurs crescendos comme leurs plages éthérées qui achèvent les morceaux en douceur. Le terme de rock atmosphérique est amplement justifié ici. Un très joli disque.
A écouter : Closer, Flying, Violence