On assiste depuis peu à une évolution du Black-Metal qui semble tendre vers des sphères Post-Hardcore comme on a pu l'entrevoir avec, par exemple, Gin de Cobalt en 2009, ou chez les premières productions de Wolves In The Throne Room qui faisaient du Black-Metal animé d'une énergie Punk-Hardcore, à moins que ce ne soit l'inverse. Altar Of Plagues vient en quelque sort se joindre à ce microcosme de groupes pas tout à fait comme les autres avec la sortie de White Tomb.
Qu'est ce qui fait donc la singularité d'Altar Of Plagues? Le premier élément de réponse, c'est qu'on y trouve autant d'Amen Ra que de Black Atmosphérique dans les compositions. Certes, les deux univers sont tous les deux très sombres et plombés mais il y a autre chose dans la recherche et dans la démarche du son avec cette volonté de confronter, de marier les deux genres comme pour décupler la puissance et l'intensité des murs sonores. Ensuite Altar Of Plagues pose une base atmosphérique de qualité dans sa musique, de quoi alimenter les contrastes entre la chute dans des gouffres profonds et les envolées vers des étendues dévastées. On retrouve également des atmosphères froides, sulfureuses et carbonisées par la glorification de la fin d'un monde. Le groupe ne se montre jamais redondant dans sa musique et ne tombe pas dans les nappes à outrance ou des vocaux désespérés (désespérants?) incessants, Altar Of Plagues mène son affaire avec brio en la rendant vivante autant qu'alourdie et opaque. Par les contrastes d'une musique dense bien qu'aérée, Altar Of Plagues sculpte ses formes, les modèle et les décharne par des arrangements recherchés. Les enchainements entre les différents climats se succèdent comme un tout extrêmement cohérent sur quatre longues pistes qui s'écoutent d'un seul trait.
White Tomb c'est également la parfaite synthèse de trois ans de changement de line-up, mais aussi de recherche dans l'union des genres. Sol était plus abrasif et impétueux, peut-être plus typé Black-Metal, alors que White Tomb se veut mieux réfléchi, mieux nourri, et semble concrétiser avec brio les idées amenées sur les premiers EPs du groupe. Disposé en concept album sur la mort de la Terre, et séparé en deux parties de deux titres chacune, la première, Earth, alterne entre passages agités et bouillonnant où l'on sent monter la chaleur étouffante de l'écorce terrestre en fusion et de brèves éclaircies lumineuses qui ne masquent pas longtemps la fureur de mère nature. La seconde partie, Through The Collapse, parait plus tellurique et frontale où toute la noirceur d'Altar Of Plagues est livrée de manière brute, celle qui marque le chaos et la fin du voyage tourmenté.
Pour conclure, Altar Of Plagues a trouvé sa voie avec White Tomb par un Black-Metal qui n'en est pas vraiment, très personnel. Par une œuvre imposante, majestueuse et sublime, les irlandais se situent peut-être même au fondement d'un style qui ne mérite qu'à être développé par la suite. C'est avec ce genre de disque talentueux qu'on se dit que les Irlandais peuvent aller très, très loin.
A écouter : en entier