|
|

Biographie
Ahab est un groupe formé en 2004 à Esslingen (Allemagne) par Stephan Adolph (basse, guitare, chant), Daniel Droste (chant, guitare, claviers) et Chris R. Hector (guitare, Midnattsol, Penetralia). Il ne pourrait être qu'une autre formation de Funeral Doom, cependant le groupe tire son épingle du jeu grâce à un concept très personnel. En effet, le nom du groupe est en référence au capitaine dément qui poursuit Moby Dick dans le roman de Melville, et toutes les paroles et artworks renvoient à cette lutte titanesque. Il ne faut qu’un an au groupe pour sortir une première démo, The Oath, qui bien que tirées à seulement trente exemplaires, reçoit un accueil enthousiaste au sein de la scène Doom. Ce disque montre la formation officiant dans un Funeral Doom incroyablement lourd et massif et néanmoins bardé d’ambiances, proche de Tyranny. Le groupe retourne en studio après quelques concerts, notamment au Doom Shall Rise IV, et son premier album, The Call Of The Wretched Sea, sort le 29 septembre 2006 et remporte un franc succès dans l'underground. Après une réédition de sa démo chez Nothingness Records, le groupe tourne intensément, avant de finalement retrouver le studio pour enregistrement un second opus. The Divinity of Oceans voit le jour en 2009. C'est en 2012 qu'Ahab, désormais bien installé dans le paysage Doom, sort son troisième album, The Giant, chez Napalm Records.
Troisième album pour les Allemands d’Ahab qui continuent de pousser toujours plus avant leur concept de ‘nautik funeral doom’ au rythme d’une sortie tous les trois ans. Ayant crevé l’écran en 2006 avec leur premier opus The Call of the Wretched Sea basé (attention révélation !) sur Moby Dick de Herman Melville (1851), ils avaient refait surface en 2009 avec The Divinity of Oceans, inspiré du récit du naufrage du baleinier Essex d’Owen Chase (1821), pour un résultat moins convaincant. Ce coup-ci, ils s’attaquent avec The Giant à un autre gros morceau de la littérature de voyage, à savoir Les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1838), seul roman achevé d’un certain Edgar Allan Poe.
Si, avec le choix d’une telle œuvre, le groupe semble témoigner de sa fascination pour la terra incognita, musicalement, on reste en sentier balisé : il s’agit toujours d’un funeral doom pachydermique soutenu par des guitares tantôt lancinantes, tantôt écrasantes (Fathoms Deep Below, The Giant), véritable marque de fabrique d’une formation désormais bien installée parmi les grands pontes du genre. On aurait pu s’inquiéter d’une orientation plus stoner en découvrant cet artwork d’un goût plutôt douteux, mais il n’en est rien. Si le rythme est peut-être légèrement plus enlevé qu’auparavant, le disque est globalement aussi lent qu’une traversée sans vent, même ses des bourrasques apparaissent parfois subitement (The Giant).
On note pourtant des innovations, et notamment concernant le chant ; si The Call of the Wretched Sea n’était que growl monolithique tandis que The Divinity of Oceans faisait la part belle au chant clair, Ahab a cette fois opté pour plus de variété. Ainsi, non seulement growl et chant clair alternent-ils régulièrement (Aeons Elapse), un certain nombre de variations apparaissent, telles les murmures en ouverture de Fathoms Deep Below ou l’apparition de chœurs qui ponctuent ce magnifique morceau qu’est Antarctica (The Polymorphess), ou le final grandiose incarné par The Giant*. Cette plus grande variété vocale est à saluer, car les compositions en semblent plus aérées et se différencient d’autant mieux les unes des autres. En cela, ce disque est peut-être légèrement plus accessible que ses grands prédécesseurs.
Mais attention, si l’ensemble est peut-être moins écrasant qu’auparavant, il n’en a rien perdu en ambiance ; Ahab prouve encore une fois son talent pour maintenir une véritable atmosphère tout au long de ses albums, en l’occurrence celle d’une étrange et inquiétante traversée, semée d’embûches, où la folie n’est jamais très loin… soit exactement le sujet du récit sur lequel est basé l’album. Daniel Droste est d’ailleurs parfait dans son rôle de narrateur : son magnifique chant clair, empli de crainte et de désespoir, jamais loin de la rupture, et en cela très émouvant, évoque aisément Pym condamné à voyager toujours plus loin, sans savoir vers quelle destination (Further South).
Cependant, le véritable tour de force de ce disque se trouve dans l’utilisation des guitares ; hypnotiques à souhait, elles tissent ce sentiment d’angoisse diffus qui pourrait être celui d’un équipage embarqué vers une destination inconnue (le break de Fathoms Deep Below, Deliverance (Shouting at the Dead)). Elles savent également se faire ravageuses comme sur Antarctica par exemple, ou sublimes de clarté quand, quasi systématiquement en fin de morceau, elles finissent par supplanter le chant en des montées en puissance terribles qui évoquent peut-être davantage que de simples paroles.
Ainsi, avec un The Giant plein de maitrise, Ahab continue son exploration de la littérature de voyage, en descendant toujours plus au sud. A ce rythme là , il ne serait pas étonnant de voir le groupe travailler sur Le sphinx des glaces (1897) de Jules Verne, ou, osons l'espérer, sur Les montagnes hallucinées (1931) de Howard Lovecraft... Quoi qu'il en soit, Ahab en profite pour rappeller à tous qu’il est ce groupe intelligent, ambitieux et innovant, et que son précédent effort n’était peut-être qu’une simple erreur de compas. A coup sûr une des sorties de l’année dans le genre. Et dire qu’un nouvel Evoken a débarqué cet été…
* La version LP de l’album comporte deux titres bonus, Times like
Molten Lead et Evening Star, qui n’apportent pas grand-chose et dénotent
même quelque peu car ils semblent tout droits sortis du premier album.
The Giant est en écoute ici.
A écouter : Ahoy !
Après une première démo remarquée malgré un tirage très faible, AHAB était attendu de pied ferme par les quelques heureux possesseurs de The Oath. Bien que ne figurant pas parmi les formations les plus connues au sein de la scène Funeral Doom, les Allemands se démarquaient des autres formations du genre de par leur concept autour de Moby Dick. Avec ce premier album, on devine aisément à l’artwork que l’univers n’a pas changé, puisque la couverture est exactement la même que celle de la démo: Moby Dick émergeant de flots tumultueux, créant panique et désolation au sein des marins venus sur des canaux défier le mastodonte blanc. Ceci rappelle au passage l’artwork du Leviathan de Mastodon, très similaire. Les premières minutes confirment également que le groupe continue sur la lancée entamée avec The Oath. Le son est en effet écrasant de lourdeur, les guitares évoquent un mur sur lequel viennent se fracasser des vagues de claviers, la voix growl est plus monolithique que jamais, et le tout est soutenu par une section rythmique impeccable. Tout ceci contribue à créer une véritable ambiance, menaçante et néanmoins terriblement envoûtante, proche des Finlandais de Tyranny. L’ensemble pourrait incarner le Pequod, gigantesque navire chasseur de baleines avec le capitaine Ahab en proue, dément et bouillonnant de rage envers Moby Dick. Ce disque d’une grosse heure est ainsi sans surprise un concept album autour de l’univers du roman de Melville, comme l’était déjà son prédécesseur. Pour renforcer cette idée, Le groupe est allé jusqu’à indiquer sur la tranche du disque son propre style musical, le « Nautik Funeral Doom », et cette fantaisie n’est pas vaine, tant sa musique est liée à l’univers marin. Le titre, The Call of the Wretched Sea, symbolise cet appel lancé par le groupe à embarquer avec lui sur le Pequod. Cet album est un voyage, non seulement en compagnie du capitaine mais également une sorte d’introspection. En effet, les paroles évoquent ses pensées, avec ses doutes, ses peurs, mais aussi et surtout sa rage et sa détermination à vaincre le monstre immaculé qui le laissa jadis unijambiste. L’ambiance est très sombre comme dans le roman, et permet facilement à l’auditeur de s’imaginer sur le vaisseau au milieu des flots déchaînés, avec le capitaine le fixant d’un œil sombre et maléfique. Les textes cadres eux aussi parfaitement avec ceux du livre, et certains, comme The Sermon, semblent en être même directement tirés. Ils retranscrivent à merveille la chasse démente du capitaine jusqu’au bout de la folie, qui le mènera à sa perte lors d’une ultime confrontation avec le monstre marin. Cet album est ainsi une bande son parfaite pour quiconque souhaitant s’immerger totalement dans la lecture du roman.
The Call of the Wretched Sea est donc une véritable réussite. AHAB réussit une nouvelle fois à se démarquer des autres formations de Funeral Doom grâce à une recette simple mais terriblement efficace. Ce premier effort montre une réelle capacité à composer et à créer des ambiances prenantes, chose tout de même assez rare pour un groupe si jeune. En conclusion, AHAB peut être légitimement considéré comme un futur grand du Funeral Doom, s’il parvient à se renouveler. Cet album est assurément une des grosses sorties Doom de l’année et permet de croire aux chances des Allemands de figurer aux côtés des plus grands dans les années à venir.
Le roman d'Herman melville, Moby Dick, est en téléchargement intégral (en Anglais) ici.
A écouter : En entier pour se découvrir une âme de marin
|
|