Agoraphobic Nosebleed est un groupe de furieux, ce n’est pas nouveau ; une formation avec une liste longue comme le bras de productions Grind génialement radicales et parfois aux limites de l’audible à leur actif, qui n’en fait pas forcément une des plus aisées à suivre. Si on ajoute à ça que ces mecs ont un truc que la majorité d’entre nous n’aura jamais, à savoir une grosse case en moins - ou alors elle s’en est allée ailleurs - ça plante le décor. L’acharnement du groupe à jouer sans batteur et à composer une musique à l’assise rythmique humainement injouable aura de toute façon mis la puce à l’oreille de pas mal de monde depuis bien longtemps. « Maximum noise ‘till death », merde au reste.
Bref, c’est au milieu de ce bordel que déboule Agorapocalypse. L’occasion de faire le point si les divers (et nombreux) splits et EPs sortis ces derniers temps vous sont aussi passés sous le nez.
Autant dire que les changements sont légion. Le groupe avait annoncé en 2007 l’arrivée d’une (oui, une) petite nouvelle en la personne de Kate pour venir prêter main forte en matière de hurlements… la voici donc à l’œuvre. Et elle est très loin de rigoler malgré sa gueule d’ange. Son timbre est un véritable concentré de haine dont la musique hystérique d’Agoraphobic Nosebleed n’avait pour ainsi dire pas vraiment besoin pour nous violer les tympans. Sa voix, épaulée de trois autres hurleurs en chef, s’approche régulièrement d’une Candace (Walls Of Jericho) dans sa bonne période et est du meilleur effet en terme d’agression sonore (First national stem cell and clone).
Parlons-en d’ailleurs de ce magma sonique que délivre le groupe : de la nouveauté aussi mais toujours pas de batteur à l’horizon en revanche même si, et là est peut être la principale surprise de l’album, la boite à rythme semble s’être sérieusement calmée. En effet cet Agorapocalypse signe l’arrivée des malades de Springfield en terrain plus connu de tous: celui du Grindcore « audible »: rythmiques plus humaines, programmation enfin aisée à suivre pour seulement 13 titres à rallonge. Entendez par là 56 secondes pour le plus court. : une vraie révolution quand on repense à Altered States of America et ses 99 compos éructées en 20 minutes. Agoraphobic Nosebleed vient nous dispenser ici un peu moins d’une demi-heure de d’une musique hystérique, lourde et destructrice prenant presque le temps de poser une ambiance des plus hargneuses qui ne fait d’ailleurs que gagner en intensité. Entre agression pure, accès de délire et breaks à dévisser les nuques par paquets de cent, AN lamine toute trace de velléité chez l’auditeur. Les soli vous veulent du mal, la bà r est maitrisée à la perfection et n’en finit plus de recadrer un quatuor débordant de folie avec quelques trouvailles de brutalité ultra catchy (First national stem cell and clone, Druggernaut jug fuck, Dick to mouth resucitation). Les moments de répit sont rares et il ne faudra d’ailleurs surement pas aller les chercher dans les quelques ralentissements que nous offrent des titres comme Flamingo snuff, Hung from the rising sun ou un Dick to mouth resuscitation (encore) à vous donner envie d’écarter les murs.
On ressort complètement lessivé de cet Agorapocalypse qui redistribue magistralement les cartes au sein de la discographie du combo du Massachussets et pourrait amener les plus allergiques à se pencher sur leur cas. Les structures de ce disque aliénant se font désormais plus identifiables y seront sans doute pour beaucoup. La qualité de composition fera sans doute le reste. Et lorsque l’on sait qu’elle n’a probablement d’équivalent que la malveillance et la folie que charrie cette galette, on se dit qu’on tient vraiment là un excellent album qui nous veut du mal et le fait plutôt carrément bien.
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