Parfois, au beau milieu de dizaines de disques qu'on n'aura même pas le temps de tous écouter avant la fin de l'année, il en arrive un qui étonne, qui surprend sans trop savoir pourquoi, qu'on ne comprend même pas tout à fait au premier abord et pourtant on y accroche bel et bien. Et puis les écoutes suivent, nombreuses et tout se décante et confirme une chose : ce disque est épatant.
Ce disque c'est celui d'un trio réuni sous une même entité répondant au doux nom d'Aeris. Trois qui ne font qu'un comme rarement un groupe peut l'être, car si un mot devait résumer le substantifique moelle d'Aeris se serait bien osmose puisque quels que soit les styles alimentant leur musique, tout semble uni, prendre vie à l'unisson pour former un tout extrêmement cohérent. Donc osmose entre les musiciens bien sûr, lorsque la basse ronronnante, chaleureuse (Doudou) et fortement présente tout le long de l'opus est porté par des rythmiques dansantes (Le Train De Lucie), de nombreux breaks qui varient étonnamment l'allure des compositions, sont plus rentre dedans par des cadences percutantes et efficaces lorsque les titres s'envolent (Arthur / Retau) ou amenés par un jeu plus subtil et léger par instant (Géant). Le tout est saupoudré de guitares qui développent des thèmes atmosphériques opposés à des motifs plus acerbes et vif, presque sur la corde raide (Mars). Une alchimie qui se déclare également par la beauté des notes dans les mélodies ou nappent ambiantes qui portent loin (Arthur / Retau) vers un ailleurs idéal, ainsi que dans les improvisations (Naufragé) terrain de prédilection dans lequel le groupe rayonne et où chaque musicien permet de s'imposer tout à tour.
Oui mais Aeris c'est quoi au final? Car c'est bien beau de parler de tout ça mais sans accroche styliste on n'est pas plus avancé. Disons qu'il serait impensable de réduire le groupe nantais à une seule étiquette, mais que si l'on cite pèle-mêle Rock-Progressif, Jazz et Metal et leurs différentes déclinaisons, on permet déjà de cerner les grosses lignes qui composent la musique d'Aeris. Conjuguons à cela des influences qui vont de Sigur Ros à Tool en passant par Zu et dans la musique du monde (Naufragé) et les contours d'Aeris se dessinent peu à peu. Mentionnons justement que l'album est joliment illustré par les dessins mêlant thèmes naïfs et colorés à l'humour sanglant et que l'on peut retrouver dans la mise en scène lors des concerts des nantais.
Derrière une technique indéniable se cache surtout une simplicité et une humilité qui va droit au cœur, car même si chaque musicien se réalise de manière impressionnante derrière son instrument, Aeris n'oublie pas le principal, à savoir joindre un large panel d'émotions que se soit à travers des pièces planantes (Mars), d'instrumentales acoustiques aux milles couleurs ensoleillées (Improvisation Pour Gwen) ou dans les envolées chantées. Un tout qui navigue allègrement entre les diverses influences du combo et demeure homogène et fluide à la fois. Et puis à la fin de ce voyage enchanteur, Aeris se conclue par le titre Flamme, celui qui porte bien son nom, où les guitares s'affolent et s'embrasent, entrainées au point de combustion la où se rejoignent le groove d'une basse grondante et d'une batterie en feu, un dernier titre comme le point culminant de leur art.
Qu'on se le dise clairement, cet éponyme est une éclatante réussite, ou se confrontent les genres, lieu de rencontre de multiples influences alliant mélopées jazzy à des sonorités carrément plus tendues. Mélange original, déjà largement assuré, bien qu'un peu complexe dans son approche au départ, il ne le reste pas longtemps avec de multiples détails qui restent logés dans le creux de l'oreille. Bref, ce disque est épatant.
A écouter : Flamme, Flamme, Flamme et tout le reste!