Confiné dans sa région des Etats-Unis, Acid King oeuvre dans l'intimité. Le lien, invisible, entre le groupe et le reste du monde est celui du virtuel. La formation tenant à rester discrète, elle préfère la pénombre aux spotlights de la célébrité.
Célèbres, malgré eux, ils le sont. Cependant ils ne s'en vantent pas et on parierait même qu'ils en sont surpris. Extérieur à la réalité de 1999, Busse Woods est l'outil qui permet de ralentir l'horloge, voire de la stopper.
Au gré des 6 compositions, Acid King écrit le temps et peint l'obscurité, sans faire dans la démonstration. L'album illustre le stoner/doom sans surprendre dans la composition: un son massif, une distorsion douillette, des accords simples et le tout joué au ralenti.
Pourtant, Acid King a un toucher unique. L'incroyable unité des instruments, créant un seul ensemble sonore, sublime le groupe et la musique devient le quatrième membre. Mais ce qui fait mouche c'est cette voix, celle de la guitariste qui envoûte notre être. Montant légèrement dans les aiguës, incantatoire sur toutes les compositions, l'organe vocal devient un instrument de plus, suivant sa propre portée.
Busse Woods est un album monolithique qui happe l'auditeur dès les premières notes de Electric machine, ouvrant les portes de l'univers sombre du trio. Porté par des titres comme Drive fast, Take chances ou Carve the 5, Busse Woods n'est pas qu'un simple album : c'est un livre musical, où l'ombre et la nuit sont les personnages principaux. Leur ennemi est la lumière et de la musique nait une canopée dense qui empêche le rival de passer. Le chant tonne la mélancolie et déclame une tragédie. Le final de Busse Woods est le long râle annonçant l'agonie et la mort.
Tel l'esclave derrière l'empereur romain, Acid King chuchote à l'auditeur: « tu n'es qu'un homme ».
Ainsi s'achève le disque. Sur ce brusque retour à la réalité, on réalise que le temps ne s'est pas arrêté. Pire il a filé, continuant sa course, sans nous faire signe. Et nous, lâchés sur un îlot dans l'océan du vide, nous restons là. Seuls avec nous-mêmes et Busse Woods comme oraison funèbre.
A écouter : avant de mourir