Pour qu'il nous pousse des ailes. Ecouter A Winged Victory For The Sullen c'est se sentir plus léger, s'élever comme c'est souvent le cas avec les magnifiques sorties de chez Erased Tapes (Olafur Arnalds, Peter Broderick...).
Respirons une bonne bouffée d'air frais, prenons le temps de savourer ce premier album du duo Adam Wiltzie / Dustin O’Halloran. Un disque en forme de dernier hommage. Une sorte d'adieu à leur ami commun, Mark Linkous de Sparklehorse décédé en mars 2010, entre ambient et musique néo-classique. Et c'est là que le nom de la collaboration prend tout son sens, comme si de l'union des deux musiciens naissait quelques envolées de plumes dans l'air frais des premiers hivers. Un sentiment de plénitude se dégage de l'œuvre. A Winged Victory For The Sullen n'est pas particulièrement triste, ne joue pas de la surenchère des émotions, puisque les musiciens jouent tout en retenue, dans la justesse des tons, dans la grâce et la mélancolie (Sleep Hills Of Vicodin Tears). On y apprivoise de vastes étendues sonores, d'instants suspendus par des notes qui se prolongent. Comme des minutes figées, comme un moment hors du temps. Elles rappellent quelque peu les travaux de Deaf Center, Ben Frost ou Eluvium (dont résonne le funeste écho à son œuvre An Accidental Memory In Case Of Death) dans la manière d'arranger cordes et machines, silences et douces mélodies. D'une apparente simplicité, la musique d'A Winged Victory For The Sullen est plus complexe qu'elle n'y paraît à prendre forme, où violoncelle, alto, violon, piano et guitare électrique dialoguent tour à tour et fusionnent parfois. Sept pièces, d'une ampleur et d'une profondeur à chaque fois renouvelées, qui invitent à la méditation, au recueillement et on se laisse porter par ce voyage aux harmonies lancinantes et solennelles.
Mark Linkous s'en est allé. Dans un dernier souffle, dans un dernier battement d'ailes qui l'accompagnent vers des cieux plus cléments. Ce disque en est un bel et vibrant hommage.
A écouter : apaisé